La recette

La citation

J’aimerai sortir un disque… où il n’y aurait absolument aucune note

John Coltrane

La crise du disque, ça n’est pas la crise de la musique.

C’est la crise, certes. Mais à y regarder de plus près, on assiste en fait à un retour d’un équilibre qui était celui d’avant les années 60.
Petit rappel historique : les 45 tours, le Teppaz, les jeunes qui s’éclatent sur les tubes yé-yé, le 33 tours stéréo et enfin le CD. Et la vente de disques devient progressivement une fantastique source de revenus et l’objectif de nombreux artistes devient vite : signer sur un label et vendre plein de disques ! Les années 60, c’est aussi le début du matraquage (Europe n°1, première radio française à passer des titres intensivement) et petit à petit les concerts se transforment en « outil promo » de sortie de disque …
Avant cette période, le business des artistes était centré autour du couple éditeur/impressario (sorte de manager-tourneur). L’éditeur faisait écrire des chansons à des auteurs et des compositeurs, les proposaient à des interprètes et gagnait de l’argent via l’édition de partitions papier vendues aux orchestres de bal et aux particuliers.
Aujourd’hui, éditeurs, tourneurs et managers maintiennent globalement leurs activités, même si certains souffrent indirectement de la crise du disque ; par exemple, les labels donnent beaucoup moins d’aide à la tournée (« tour support ») qu’avant.
Ce qui est sûr, c’est qu’ayant moins d’argent, les labels prennent moins de risque sur des artistes difficiles ou pointus. Et beaucoup d’artistes talentueux se retrouvent aujourd’hui dans l’impossibilité de trouver une maison de disque.
En fait, pour signer dans un label aujourd’hui, on a intérêt à être « déjà » connu. Ca peut être via les médias (télé, internet…), via les concerts ou simplement parce qu’on a brillé dans d’autres domaines (cinéma, sport, littérature…) ou qu’on est enfant de star. En tous cas, faire de très bonnes chansons ne suffit pas.
Mais si l’informatique (via le mp3 et le téléchargement illégal) a tué le CD, elle offre aussi aux artistes la possibilité d’enregistrer du son de bonne qualité à un moindre coût, et de faire connaître sa musique via internet.
Et de la bonne musique, on en entends tous les jours sur internet (MySpace of course). Le seul problème, c’est qu’il y en a trop ! Mais dans le fond, c’est une bonne chose. Il faut faire de la musique d’abord pour soi, pour son plaisir, pour s’exprimer, pour partager ce quelque chose qu’on a en soi. Et de ce point de vue, il n’y a sûrement pas de crise de la musique en France. Et là, je pense qu’il faut réhabiliter l’amateurisme. C’est une belle et noble chose. Beaucoup d’écrivains sont « amateurs » (ils sont souvent profs ou journalistes) et la recherche de succès nuit forcément à la sincérité, et la sincérité, c’est important. L’amateur est libre, donc sa musique l’est aussi. Le souci, c’est pour ceux qui veulent en vivre…
Finalement, ce qui est frustrant, c’est que ce ne seront pas forcément les plus talentueux qui se feront connaître. Mais ça, c’est pas nouveau.

ignatus
Chronique disponible également dans le webzine “Le doigt dans l’oeil”

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